Dans le prolongement de mon ami Jean-Noël Sanchez, le dernier rapport de l'IGAS et de l'IGF sur la Caisse des Français de l'Étranger est un excellent rapport... administratif. Son diagnostic est sérieux, ses chiffres sont solides et ses propositions sont cohérentes avec la mission qui lui était confiée : sauver le modèle économique de la CFE.

Mais c'est précisément là que je m'interroge.
Et si nous posions tout simplement la mauvaise question ?
Depuis quarante ans, chaque réforme commence de la même manière : comment améliorer l'existant ? Comment réformer la CFE ? Comment simplifier les procédures ? Comment équilibrer les comptes ?
Jamais nous ne commençons par cette question pourtant essentielle :
Et si le modèle lui-même n'était plus adapté au monde d'aujourd'hui ?
Le Français expatrié de 1985 n'a plus grand-chose à voir avec celui de 2026.
Hier, il était souvent salarié d'un grand groupe envoyé quelques années à l'étranger.
Aujourd'hui, il est entrepreneur à Maurice, salarié local à Singapour, consultant à Dubaï, retraité au Portugal ou créateur d'entreprise au Canada. Il change parfois plusieurs fois de pays au cours de sa vie. Sa carrière est internationale. Sa famille aussi.
Et pourtant, nous continuons à penser sa protection sociale comme nous la pensions il y a quarante ans.
C'est cela que j'appelle le monopole de la pensée.
Nous débattons des organismes.
Nous devrions débattre des citoyens.
Car enfin, la République n'a pas été créée pour protéger des structures administratives.
Elle a été créée pour protéger les Français.
Voilà pourquoi je refuse de faire de la CFE le cœur du débat.
La CFE est un outil.
Elle n'est pas une finalité.
La vraie question est infiniment plus ambitieuse.
Comment garantir à chaque Français, où qu'il vive dans le monde, une protection sociale simple, continue et efficace ?
À cette question, je ne crois pas que la réponse consiste uniquement à modifier une gouvernance, augmenter une cotisation ou réorganiser une administration.
Je crois qu'il faut changer de logique.
Depuis des années, nous exportons notre administration.
Je préfère que nous exportions nos droits.
La différence est immense.
Demain, un Français ne devrait plus avoir le sentiment de quitter un système lorsqu'il quitte le territoire national. Ses droits devraient le suivre, quels que soient son pays de résidence, son parcours professionnel ou l'opérateur qui assure concrètement sa couverture.
Le rôle de la République est de garantir ces droits.
Pas nécessairement de tout gérer elle-même.
Cette réflexion n'oppose ni le public au privé, ni l'État au marché. Elle rappelle simplement que l'État est le garant de l'intérêt général, tandis que plusieurs opérateurs peuvent être mis en concurrence pour offrir le meilleur service, sous un contrôle exigeant de la puissance publique.
La République garantit.
Les opérateurs innovent.
Les Français choisissent.
Voilà le débat que je souhaite ouvrir.
Dans les prochaines semaines, je présenterai plusieurs propositions de rupture : un Passeport Social International, une véritable portabilité des droits, un compte social attaché à la personne plutôt qu'au territoire et une protection sociale enfin pensée pour les Français mobiles du XXIe siècle.
Parce qu'il est temps de cesser de rafistoler les institutions d'hier.
Et de commencer à construire celles de demain.
Olivier Guérin-Garnier · Océan Indien

